Cuba, 50 ans de lutte et d'espoir

 

Le 1er Janvier 1959, le dictateur Batista se sauve de Cuba laissant l’Etat militaire et corrompu se faire balayer par les Barbudos de Castro soutenus par la population et les travailleurs en grève.

La 1ère page de la formidable histoire de développement et de lutte du régime socialiste cubain se tournait. Cela faisait 2 ans, le 2 décembre 1956, que les guérilleros avaient débarqué sur l’île. Ils étaient 82 à bord du Granma mais ne furent que 12 survivants à se réfugier dans la Sierra Maestra (dont les frères Castro, Ernesto « Che » Guevara et Camilo Cienfuegos) Malgré tout, grâce à leur organisation et au soutien populaire, notamment des paysans, l’avenir leur appartenait.

Le retentissement fut énorme non seulement en Amérique Latine mais dans le monde entier. La victoire de la révolution socialiste cubaine est le fruit de circonstances particulières aussi bien géographiques qu’historiques. En effet l’issue de la tactique de guérilla qui avait déjà fait ses preuves au Mexique ou comme tactique de résistance, est très incertaine. Et beaucoup depuis s’y sont brûlé les ailes en tentant d’exporter la méthode un peu partout. Seuls les Sandinistes au Nicaragua parvinrent également à prendre le pouvoir mais sans l’apport théorique marxiste-léniniste sur la nature de l’Etat et sur le rôle du parti ouvrier, se fut un échec. Le socialisme est un objectif que l’on atteint consciemment.

Le peuple cubain lui, avait déjà connu par le passé la résistance des travailleurs et la lutte armé (la révolution des années 30). Ce sont les choix de la direction révolutionnaire cubaine face à la violence de la réaction capitaliste et le soutient conscient de la population qui permirent d’aboutir à la création d’un Etat socialiste. Cuba à l’époque est la colonie modèle des Etats-Unis, le montant des investissements est le plus important en Amérique Latine. Lorsque Castro prit le pouvoir, il voulut taxer les entreprises étrangères. Face au refus de payer de celles-ci la réponse fut la nationalisation des capitaux. Dès lors les Etats-Unis n’eurent de cesse de tenter de renverser le pouvoir comme lors de l’épisode de Playa Giron. Le débarquement de 1 500 mercenaires, anciens militaires, policiers et grands propriétaires terriens armés et entraînés par les Etats-Unis fut maté par la population armée et organisée par Fidel. Originale « dictature » que celle défendue par son peuple en armes !

Mais les démonstrations de supériorité de l’Etat socialiste ne se limitent pas à la défense du territoire. L’économie planifiée a donné aux cubains les raisons de défendre la révolution et ses acquis.

Avant la révolution, la monoculture du sucre était facteur de sous-développement. Cuba exportait presque la totalité de sa production aux Etats-Unis et y achetait tous les produits nécessaires. Cuba importait la moitié des fruits et légumes qu’elle consommait alors que la moitié des terres des exploitations sucrières étaient en friche et seulement 1/3 de la population travaillait de façon permanente. Trois raffineries nord-américaines possédaient 47% des plantations. La richesse du sous-sol faisait partie des réserves stratégiques des Etats-Unis. Les entreprises ne les exploitaient qu’en accord avec l’armée et les industries du Nord. Le niveau d’industrialisation était nul. Malgré l’indépendance et l’abolition de l’esclavage l’unique travail possible était dans les plantations. Travail irrégulier et salaire qui n’offre même pas de quoi se nourrir. Il y avait plus de prostituées recensées que d’ouvriers mineurs.

La révolution socialisa les latifundia, développa la pêche, l’industrie et l’exploitation minière, accrût sa production agricole afin de répondre aux besoins croissants que la révolution avait provoqué avec la redistribution des richesses. Aujourd’hui, la grande partie des cubains ne paient pas de loyer, les services publics sont gratuits. L’eau, l’électricité, le téléphone, le gaz, les pompes funèbres sont également gratuits La révolution a baissé le prix des médicaments, construit 170 hôpitaux et autant de polycliniques tout en assurant l’assistance médicale à tous. L’accès aux plages redevient public et libre, de même que les manifestations et infrastructures sportives et culturelles. Le nombre d’étudiants a triplé et une formidable campagne d’alphabétisation permit de déclarer le pays libre d’analphabétisme en 1961.

Oui, Fidel et ses hommes du Mouvement du 26 Juillet sont des libérateurs !

Depuis 50 ans et malgré un embargo qui frappe la population depuis 1962, le mouvement vers le socialisme de l’Etat cubain est imperturbable. Le chemin est difficile, les cubains avancent les dents serrés après  l’effondrement du bloc soviétique ; la révolution est en danger. Les fameux Comités de Défense de la Révolution paraissent bien insuffisants pour garantir la survie du socialisme. L’Etat socialiste nécessite plus de contrôle démocratique des travailleurs sur la machine d’Etat et l’économie.

Mais ce dont la révolution cubaine a besoin par-dessus tout c’est l’extension du socialisme au reste de l’Amérique Latine. La solution pour ces pays qui souhaitent se libérer de l’impérialisme Nord-américain, du pillage de leurs ressources naturelles c’est la planification socialiste. Chavez et Morales bénéficient aujourd’hui des nationalisations de certains secteurs miniers, cependant les réformes entreprises ne sont pas suffisantes pour la majorité des travailleurs. Les réformes agraires se font attendre, il va falloir faire un choix rapidement, seule la propriété collective des moyens de production permettrait la satisfaction des besoins de la population.

YANN

Publié dans Combat n°9 Mai 2009