Brève histoire du Kampuchea Démocratique (le Cambodge de Pol Pot)

En 1962, Saloth Sar, dit Pol Pot, qui revient de France où il a fait ses études et découvert le marxisme, mais où il a été aussi influencé par les théories de Rousseau et Kropotkine, devient secrétaire général du Parti Communiste Cambodgien, le PCK. Dès 1963, avec l’appui de la Chine maoïste, il prend le maquis et le PCK lance un mouvement de guérilla contre le roi Sihanouk : c’est la naissance des Khmers Rouges. A la fin des années 60, alors que la guerre entre les forces communistes d’Ho Chi Minh et l’armée américaine fait rage au Vietnam, les américains commencent à bombarder massivement le Cambodge, car les forces vietnamiennes y font passer des armes pour le Viêt-Cong, front révolutionnaire sud vietnamien. La population est massacrée une première fois par les bombes américaines, plusieurs historiens honnêtes reconnaissent le début du génocide dès cette époque. Les premiers massacres en masse ont été américains !

Le 18 mars 1970, la CIA renverse Sihanouk, jugé trop laxiste contre les « rouges », et installe au pouvoir le maréchal Lon Nol, tyran sanguinaire. Le Cambodge devient un régime fascisant à la botte des USA, près d’1 million de cambodgiens perdront la vie sous Lon Nol. Suite à cela, les Khmers Rouges s’allient à Sihanouk et aux troupes royalistes pour renverser le régime. Cette union, baptisée le GRUNC (Gouvernement Royal d’Union Nationale du Cambodge) triomphera de Lon Nol en 1975.

Les Khmers Rouges sont devenus primordiaux et ont le pouvoir au sein du GRUNC, Pol Pot dirige donc le pays. Il provoque très rapidement la collectivisation des terres, vide les villes de leurs habitants suite aux risques de bombardements, et envoie tous les intellectuels travailler dans les champs. Cette politique est appliquée bien trop brutalement, et Pol Pot renie le principe socialiste d’émancipation du peuple par lui-même. Tout est appliqué par le haut.

Dès 1976, le Cambodge, devenu le Kampuchea Démocratique est coupé du monde, c’est un régime paysan sans monnaie, sans structure réelle d’état, hormis des structures répressives qui verront la mort de plus de la moitié des habitants du pays, selon les chiffres américains (à manipuler avec précaution, il semble que les américains ont imputé la responsabilité des morts qu’ils ont provoqués par les bombes et ceux du régime de Lon Nol au Kampuchea Démocratique…).

Dans cet état complètement hallucinant, le bœuf est considéré comme l’égal de l’homme, les intellectuels sont massacrés, toute la population travaille dans les champs, les villes sont vidées et tout est contrôlé d’une poigne de fer par l’Angkar, structure quasi religieuse avec à sa tête Pol Pot. C’est un régime inspiré autant de Marx et de Rousseau que des pensées anarchistes* et des traditions religieuses cambodgiennes, ce qui donne un état socialiste- anarchisant contrôlé par une bureaucratie complètement folle.

A partir de 1978, le Kampuchea Démocratique a des vues d’expansion, et menace le Vietnam socialiste d’Ho Chi Minh. Les troupes vietnamiennes envahissent le Cambodge suite à ces menaces, et pour mettre fin au régime incohérent de Pol Pot qui décrédibilise l’image du monde socialiste (même s’il faut reconnaître que le Vietnam est déjà doté lui aussi de structures bureaucratiques, et n’est donc pas le mieux placé pour faire la leçon de morale). La victoire vietnamienne est rapide, les troupes accueillies comme le messie par une population à bout, et dès 1979 le Cambodge est sous contrôle vietnamien

La débâcle des Khmers Rouges, l’alliance avec les anglais

La République Populaire du Cambodge est proclamée, le Cambodge est alors un état réellement socialiste, mais bureaucratique (sous le giron de la bureaucratie vietnamienne). Pol Pot et les khmers rouges prennent alors le maquis et luttent contre le régime pro Viet jusqu’en 1989. Les USA et le Royaume Uni imposent un embargo dévastateur sur le Cambodge qui verra des milliers de mort suite aux famines, jusqu’à la chute du régime en 1989. Parallèlement, les services secrets britanniques et Margaret Thatcher soutiennent les Khmers Rouges militairement, leur envoie des armes et l’appui des forces secrètes du SAS. Les Khmers mènent une guérilla sanglante, sont souvent défaits par l’armée loyale, à la suite de quoi ils se vengent sur les populations civiles. Avec la bénédiction de Madame Thatcher. Il faut comprendre que celle-ci considère un régime socialiste sous contrôle vietnamien comme bien plus dangereux pour l’équilibre mondial et l’impérialisme, qu’un état « anarcho- socialisto- bureaucrate » coupé du monde comme l’était le Kampuchea Démocratique. Les Khmers rouges continuent même à la demande de Thatcher à représenter le Cambodge aux Nations Unies, et leur vote et celui des anglais contre l’intervention des agences onusiennes empêchera l’OMS d’intervenir contre la famine due à l’embargo. C’est également les britanniques qui fourniront dès 1983 les technologies de mines anti- personnelles aux Khmers Rouges, qui tuent encore aujourd’hui des innocents (le pays en est infesté).

Un procès bidon

Les responsables Khmers Rouges sont aujourd’hui pointés du doigt par la justice internationale, et accusé d’un génocide, dont ils sont certes en partie responsable. Pol Pot a disparu de la circulation (il est censé être mort mais le corps n’a jamais pu être authentifié) avant d’être jugé, et le procès de Douch est légitime : le centre de torture S-21 a mis en place la torture et l’exécution de 17 000 personnes, la plupart pour la seule raison d’avoir été citadin ou de ne pas travailler assez vite !

Mais le fait que seul Douch aujourd’hui, et seuls des Khmers Rouges à l’avenir, comparaîtront devant les juges en tant que responsables d’un génocide de plus de deux millions de personnes montre bien que la justice internationale n’est qu’une comédie. Elle est à la solde des impérialistes, c’est une justice impérialiste ! Parmi les 2 millions de morts, beaucoup ont été tués par les bombardements, l’embargo, ou par les Khmers avec la complicité des britanniques. Mais Nixon à titre posthume, Kissinger ou Thatcher  ne comparaîtront pas sur les bancs des accusés…

Pour la petite histoire, Kissinger, conseillé à l’époque de Nixon et responsable des bombardements massifs et de la mise en place de Lon Lol, est actuellement occupé à conseiller le « grand progressiste » Obama en stratégie géopolitique…

*Il ne faut évidemment pas considérer les idéologies marxistes, anarchistes ou la philosophie de Rousseau comme responsables, mais le mélange et la déformation de ces théories, et la folie et la mégalomanie de Pol Pot ont créés ce régime dégénéré.

Publié dans Combat n°8 Avril 2009